Ce qui fait vraiment grimper le cours de l’or

Le prix de l’or l’once est passé de 1175$ à 1730$ en seulement 21 mois. Pour quelles raisons cette augmentation peut-elle être expliquée ? Cet article simple et didactique est destiné aux débutants qui veulent comprendre les engrenages du métal jaune sans se noyer dans le jargon professionnel.

Dilution d’or

L’or n’a rien d’anodin sur la planète : on en trouve, mais toujours moins facilement qu’on pourrait l’espérer.

Sa rareté n’a fait que se renforcer avec le temps. Les mineurs doivent désormais creuser toujours plus profond pour dénicher les quelques grammes qui dorment encore dans les entrailles de la Terre.

En 2020, on estime que 77 % des réserves mondiales d’or ont déjà été extraites, ce qui représente environ 190 000 tonnes. Un chiffre qui paraît énorme, mais qui, en réalité, tiendrait dans un cube de 21 mètres de côté. Pas de quoi impressionner à l’échelle d’un continent, encore moins du globe.

Le Conseil mondial de l’or indique qu’il resterait 54 000 tonnes sous terre, et que 3 100 tonnes sortent chaque année des mines. Si on fait le calcul, les réserves actuelles pourraient être épuisées d’ici 17 ans.

Cette raréfaction n’est pas sans conséquence : moins il y a d’or à extraire, plus sa valeur grimpe.

Lire aussi : Comment acheter de l’or ? 4 façons faciles

Augmentation des coûts d’extraction

Creuser toujours plus profond pour trouver de l’or, ça coûte cher. Plus de machines, plus de personnel, plus de carburant : tout s’additionne.

Dans le secteur, on parle de « AISC » pour les coûts « All-In Sustaining ». On y retrouve l’ensemble des dépenses nécessaires pour sortir une once d’or, salaires, assurances, carburant… Rien n’est oublié.

En pratique, l’AISC varie généralement entre 700$ et 1 200$ par once. Tant que le cours de l’or reste au-dessus de 1 200$, la plupart des compagnies minières peuvent encore tirer leur épingle du jeu.

Pour l’instant, la baisse du prix des carburants vient atténuer l’augmentation progressive des coûts. Le diesel, notamment, pèse lourd dans la facture des exploitants.

Lire aussi : Acheter 2 traceurs miniers d’or ?

Difficultés dans la recherche de nouveaux gisements

Il y a 20, 30 ou 40 ans, trouver un nouveau gisement d’or de grande taille n’avait rien d’exceptionnel. Aujourd’hui, la donne a changé : la plupart des découvertes récentes concernent des sites modestes, parfois à peine rentables.

Quelques grands projets subsistent, comme le Gold Block 14 au Soudan ou la mine chaude de Sandstorm Gold en Turquie, mais ces exceptions confirment la règle : le filon facile à exploiter appartient au passé.

Face à la flambée des coûts et aux délais impressionnants, il faut compter de 10 à 15 ans pour qu’une nouvelle mine voie le jour, les sociétés minières hésitent à investir dans la prospection. Elles préfèrent souvent acheter des concurrents déjà installés, plutôt que de prendre le risque d’un chantier titanesque.

Lire aussi : McEwen Mining, Peinture Mining ciblée… Injuste ou raison ?

Dollar-D

Le dollar américain a une influence directe sur le cours de l’or. Plus le billet vert perd de valeur, plus le métal jaune attire les regards, et les capitaux.

Lorsque le dollar baisse face aux autres devises, acheter de l’or devient plus abordable pour les détenteurs d’euros, de yens ou de yuans. Résultat : la demande augmente, et avec elle, le prix.

Cette mécanique, simple mais implacable, repose sur la loi de l’offre et de la demande.

Taux d’intérêt bas ou négatifs

Pour soutenir l’économie après la crise de 2009, les banques centrales ont abaissé les taux d’intérêt à des niveaux historiquement faibles.

En réduisant le coût de l’argent, elles ont permis à davantage d’acteurs d’accéder au crédit.

Ménages, entreprises, collectivités… tout le monde a pu emprunter plus facilement, relançant la consommation et, en théorie, la croissance.

Mais cette politique a aussi ses limites.

À force de rabaisser les taux, les banques centrales se retrouvent à court de marge de manœuvre. Impossible de descendre indéfiniment sans risquer de fragiliser tout le système.

Et l’or, dans tout ça ? Lorsque les taux d’intérêt sont faibles, les placements traditionnels, livrets d’épargne, obligations, perdent de leur attrait. Les investisseurs cherchent alors des alternatives. L’or, valeur-refuge par excellence, redevient une option crédible.

Il faut dire que le métal jaune protège efficacement du grignotage de l’inflation. Sur les 20 dernières années, le rendement moyen de l’or s’est établi à 8,04 % par an.

Illustrons cela simplement : imaginez deux personnes, chacune disposant de 10 000 €. L’une laisse cet argent sur un livret rémunéré à 0,11 %, l’autre achète de l’or.

Après vingt ans, le premier obtient à peine 10,22 € d’intérêts, tandis que le second voit son capital grimper à 46 956 €. L’inflation a, entretemps, rongé la valeur de l’épargne déposée sur le compte bancaire.

Certains pourraient relativiser : certes, 10,22 €, ce n’est pas rien, mais au moins le capital n’a pas diminué…

C’est faux : l’inflation a grignoté plus de 3 000 € sur la même période.

En réalité, en 2020, les 10 000 € d’origine ne valent plus que 7 000 € en pouvoir d’achat, à cause de l’envolée des prix à la consommation.

Lire aussi : Comment stocker l’or physique ? Voici 3 méthodes concrètes

Banques centrales à l’achat

La demande en or ne vient pas seulement des particuliers ou des investisseurs privés : les banques centrales jouent un rôle majeur. Depuis plusieurs années, elles achètent massivement du métal jaune, ce qui soutient son cours.

La Chine, la Russie, l’Inde ou la Turquie figurent parmi les plus gros acheteurs récents.

La Fed, la Réserve fédérale américaine, reste le premier détenteur mondial avec 8 133 tonnes, même si elle n’en acquiert plus directement.

Pourquoi cet appétit ? La Banque centrale des Pays-Bas a résumé la situation : en cas de défaillance du système financier, posséder de l’or permet de repartir sur des bases saines. L’or rassure, il crédibilise le bilan d’une banque centrale et instille un sentiment de sécurité.

Banque centrale des Pays-Bas

Les mouvements d’achat des banques centrales n’ont jamais été aussi visibles ces dix dernières années. Lire aussi : Où acheter de l’or physique ? (Et de l’argent)

Dilution des devises

Il serait naïf d’ignorer l’impact des gigantesques plans de relance mis en place après la crise du Covid-19 sur le marché de l’or.

Quand les gouvernements et les banques centrales injectent des liquidités à coup de milliards, création monétaire, rachat de dettes publiques ou privées, ils affaiblissent la valeur de leur propre devise.

L’or, lui, échappe à cette mécanique de dilution. Impossible d’en créer à volonté, ni de le dématérialiser par un simple clic.

La quantité d’or sur Terre reste figée, quoi qu’on fasse. C’est bien pour cela que le métal jaune devrait continuer à grimper dans les années à venir.

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, rendez-vous sur Twitter : TransactionB

Attention : Cette analyse ne constitue pas un conseil d’achat. L’auteur ne peut être tenu responsable d’éventuelles pertes sur les produits évoqués. Tout investissement comporte un risque réel de perte. Consultez nos mentions légales pour plus de détails.